Conférence : Bienheureux Charles de Foucauld. Dr G. PELISSIER

04 février 2011

Charles de Foucauld. Dr. G. PELISSIER

 

 

 

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Préface

 

« Pour comprendre l’œuvre et le message de père Charles de Foucauld, aujourd’hui Bienheureux, l’un des hommes le plus extraordinaire que le monde ait jamais porté, chrétien admirable, grand Français et Génie colonial, pour comprendre ce cœur, tenter d’expliquer son mystère et sa beauté, ce cœur qu’alla chercher dans le Hoggar un Père Blanc, dans une poitrine momifiée, et qui continue à rayonner sur la France et sur le monde, un préambule est nécessaire.

Beaucoup de nombreux biographes successifs, écrivant au fur et à mesure de son énorme correspondance, de ses écrits, ainsi que de l’évolution politique et  religieuse du siècle, se sont complètement mépris sur Charles de Foucauld, le décrivant comme un homme orgueilleux, un ambitieux, un jaloux éconduit, un instable, interprétant par cette fausse psychanalyse tous les évènements de sa vie, se trompent de A jusqu’à Z.

Les grands hommes ont au fond de leur cœur un principe immuable, une clef, qui ouvre le verrou de chaque étape de leur vie.

Ce qui caractérise Charles de Foucauld, c’est qu’il a un cœur d’or, de la première minute de sa vie, jusqu’à la dernière.

Même à travers les moments de ses plus grands égarements, c’est l’amour tendre, dévoué, humble, discret, toujours renouvelé qu’il a eu pour sa famille, don la devise est «  Jamais arrière « , comme le plus précieux des trésors

Ainsi, après son expédition au Maroc en 1894, alors qu’il n’est pas converti, il se rend à Lardimalie, en Dordogne, sur les lieux d’établissement de sa lointaine ascendance connue en l’an 1000, celle des Foucauld Lardimalie établis au onzième siècle en Périgord.

    De la même manière, devenu prêtre, revenu du fond du Sahara le 2 Septembre 1913, il dira sa messe dans la crypte des Carmes où il compte deux arrières grands oncles assassinés, parmi les ossements enfouis, Monseigneur de Lau d’ Hallman, évêque d’Arles et Arnaud de Foucauld de Pombrilland, son vicaire, tous deux Saints canonisés.

     

      Sa famille est de la vieille droite catholique française. Il manifeste son horreur, son dégoût, de la Révolution en des termes généralement ignorés. Il écrit ainsi à son cousin Louis en 1899, pendant que la France est en pleine guerre civile de l’affaire Dreyfus,   « Notre pays n’est plus catholique que de nom, en réalité libre-penseur, franc-maçon, socialiste, juif, sans autre Dieu que l’argent, le plaisir, le pouvoir »  .

 

Son apostolat descend en ligne droite de son amour de la famille, de la tradition, de la Patrie. C’est-ce paternalisme qu’il voudra généraliser en l’ étendant à nos Colonies, pour que les officiers français jouent auprès des musulmans, le même rôle que sa famille jouait auprès des paysans en Périgord.

 

 Charles de Foucauld, orphelin, s’est reconnu enfant d’une famille qui a été son berceau et s’il s’en est éloigné un moment par l’égarement de ses mœurs et de son esprit, ce milieu n’ jamais cessé d’exercer sur lui une influence mystérieuse qui le ramènera à la vraie tradition et le fera revenir à la foi# ».

Ainsi débute une conférence de Georges de Nantes

L’abbé de Nantes, mon ami, m’a initié sur sa vie, et je ne sais plus ce qui appartient à ses propos ou aux miens. J’ai fait nombre d’exposés sur le père de Foucauld, l’iconographie, importante, étant projetée par mon épouse.

 Ce qui est sûr, c’est cette vérité inébranlable de son interprétation de l’âme et du cœur du père Charles de Foucauld. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Première partie. 

L’enfant, l’adolescent, 1858-1876.

 

  « Dis qu’as-tu fais toi que - Voilà de ta jeunesse ? » , disait Paul Verlaine dans Sagesse.

Eh bien Charles de Foucauld est, comme Saint-Augustin, un de ces très grands exemples de l’enfant prodigue et du pêcheur repenti. C’était vraiment la maladie de l’époque, cet espèce de positivisme, tournant à l’athéisme agressif, au matérialisme scientiste. La science tend à devenir une machine de guerre contre la foi, avec Ernest Renan, Emile Littré, Auguste Comte, les scientifiques suivant Charles Darwin.

Comment de Foucauld est entré dans cette errance? 

Expliquons. Né le 15 septembre 1858, année où à Lourdes la Vierge apparait à Bernadette, il est orphelin à l’âge de cinq ans et demi, en 1864, dans des circonstances tristes. Son père, Administrateur des eaux et forêts, atteint de tuberculose, s’est retiré chez sa sœur Moitessier, à Paris, pour ne pas contaminer sa famille et y mourir en août 1864. Sa mère, née Elisabeth Laquiante, qui attend à Strasbourg son troisième enfant, est morte en couches, le 13 mars.

Charles avec sa petite sœur Marie, de trois ans son aînée, est élevé par son grand-père maternel, monsieur de Morlet et sa seconde femme, Amélie de Latouche.

Monsieur de Morlet est un polytechnicien, colonel du Génie, s’occupant d’archéologie à Strasbourg. Sa bonté n’a d’égal que son excessive faiblesse et il gâte ses petits enfants.

Dans cette enfance, un rayon de lumière, ses vacances chez sa tante Moitessier avec ses deux cousines qui ont des sentiments maternels pour l’enfant orphelin, surtout Marie la plus jeune, cependant de huit ans son aînées.

 

Elevé à l’ école de Saint-Arbogast à Strasbourg en 1867, puis au lycée de Strasbourg en sixième, le voici arraché à l’ Alsace par la guerre franco-allemande de 1870, balloté entre la Bretagne, la suisse, et finalement Nancy où monsieur de Morlet se fixe, au rez-de-chaussée de l’hôtel des Roziéres.

 En 1871 il est en troisième au lycée de Nancy. Son professeur le juge d’un caractère intelligent, doux, plutôt fille que garçon.

En 1872, pour sa communion solennelle le 28 avril, il a 14 ans : on la faisait tard à cette époque est il est encore fervent. Marie Moitessier lui offre son premier livre religieux,   « Les élévations sur les mystères »  de Bossuet.

Cependant le mal est déjà en cours et Charles de Foucauld l’a expliqué et répété à maintes reprises dans ses lettres.

Plongé dans le milieu du lycée de 10 à 16 ans, il manque de philosophie catholique. Avide de lire, il possèdera jusqu’à 1800 volume, il se gave dans un Cercle de lycéens, dont l’ami, Gabriel Tourdes, avec qui il correspondra pendant quarante années, parlera.

Son Cercle est dénommé   « Académie de littérature »  , avec des livres profanes ou libertins, Rabelais, La Fontaine, Voltaire, Montesquieu, Arioste, Aristophane ou Erasme, sans aucun contrôle.

Il faut savoir aussi que l’ambiance des Lycées bâtis sous le mode impérial au 19ième siècle est détestable, d’une immoralité et d’une incrédulité fantastiques.

Ni René Bazin, ni Paul Lesourd, ses meilleurs biographes, n’y insistent et il faut lire l’abbé Six ou Carrouges pour constater comment ces biographes modernes et progressistes ne veulent pas comprendre cette simple raison, parce qu’elle touche de trop près à la sacro-sainte politique laïque et à sa funeste emprise.

Ils expliquent que Charles de Foucauld a perdu la foi quand son intelligence s’est développée, ou par un excès de jalousie quand sa cousine, de huit ans son aînée, épouse monsieur de Bondy, que c’est un vicieux dit Six. C’est trahir les textes.

Quand la foi est totalement perdue, il n’y a pas de raison de ne pas se livrer à ses passions, sans que cela, il est vrai dira-t-il, n’empêche un penchant très vif pour l’étude.

En 1874 il passe son premier baccalauréat à 16 ans, avec une dispense d’âge et la mention AB.

L’année suivante il est à Paris, chez les Jésuites de l’Ecole Sainte Geneviève, rue des Postes, pour préparer les grandes Ecoles, en vue d’entrer à Saint-Cyr. Il est reçu à son bac de philosophie avec la mention AB, prémonitoire ment interrogé sur la Conquête de l’Algérie.

 Mais l’internat lui a été insupportable et il écrit de longues lettres à son grand-père, pour être ramené à 

Nancy.

Dans l’année 1875-1876, en deuxième année rue des Postes, il est renvoyé par les Jésuites pour paresse et indolence.

Son grand-père à Nancy lui donne un précepteur et trois mois plus tard, en juin, le voici reçu à Saint-Cyr en bonne place, 142ième  sur 412, promotion Plewna, lui permettant de choisir la Cavalerie. Son intelligence vive, son grand esprit de synthèse et de minutie, dans l’analyse de sa mémoire étonnante, lui valent ce succès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième partie.

La vie désordonnée de Charles de Foucauld

Et son expédition au Maroc. 1876-1886

 

Il aura encore une certaine retenue jusqu’au choc affectif très violent lors de la mort de son  grand-père, le Colonel de Morlet, le 3 février 1878.

Il a 20 ans, il est majeur. En 1879 il est à la tête d’une immense fortune, une partie du Colonel de Morlet, l’autre de ses parents, 391 800 francs d’aujourd’hui, avant l’ Euro, de rente annuelle, capital géré par son fidèle homme d’affaires à Nancy, monsieur Laissy.

Eloigné de sa famille, il ne la verra que très peu, de 1876 à 1886.

A Saint-Cyr, son patriotisme exacerbé par l’occupation de sa ville natale ne suffisait pas à lui donner  cet esprit militaire des autres. Mou et ventripotent, habillé sur mesure faute de trouver un uniforme à sa taille, il ne se faisait pas à la routine d’une école-caserne.

Il avait dans sa deuxième compagnie Philippe Pétain, promotion de Plewna, qui gagnera Verdun en 1916, permettra la victoire de la France en 1918.

Grâce à une mémoire exceptionnelle et une facilité peu ordinaire de compréhension, il absorbait le programme en se jouant, assimilait tout, retenait tout.

Après une première honorable, la seconde sera catastrophique, 45 punitions avec 47 jours de consigne en deux années.

Il sort de Saint-Cyr 333 ième sur 386. Le bénéfice est qu’il a perdu 20 kilos. Grâce à sa première année, il rejoint la Cavalerie à Saumur. Il l’a choisie à  cause de son panache, mais aussi, croyait-il, parce que l’on s’y fatiguait moins. Mais il fut vite saturé du cheval, écrivait-il à Tourdes, 11 heures dès 5 heures du matin.

A Saumur, les officiers sont beaucoup libres et il mène une vie désordonnée avec sa fortune, installé comme un pacha dans sa chambre 82 de l’Ecole, repas fins souvent dans les meilleurs restaurants, chez Ragot ou Budan, avec des vins et des cigares rares, des filles importées de Paris dans un hôtel, partageant leurs charmes, objets de plaisir.

 Antoine de Vallombrosa, bientôt marquis de Morès, athlétique et sportif, dilapidateur de la fortune de ses parents, connu à Saint-Cyr, organise avec lui ses loisirs, ses jouissances.

Il gaspille son argent en prodigalités inouïes et scandaleuses, organisant avec quelques amis le plaisirs et les loisirs de ses camarades les plus pauvres, mais sans aucune morgue, sans esprit de supériorité, toujours insatisfait, dégoûté par les débordements des ces fêtes.

Il sort de Saumur le dernier de l’Ecole, 87 ième sur 87, avec une note infamante de la Direction générale.

Il est envoyé à Sézannes, dans la Marne où il s’ennuie, puis en octobre 1887, sur sa demande, à Pont-à-Mousson, ce qui n’est pas mieux, au 4ième Hussard.

Là, un de ses camarades, Fitz James, qu’il retrouvera à la fin de sa vie, donne un témoignage où l’on  voit que les vices personnels, la paresse, les mauvaises mœurs trop certainement affichés, se marient chez lui avec des dons de cœur évidents et qu’au fond sa vie était double. D’une part ces fameux divertissements, mû par une insatisfaction perpétuelle, ses frasques avec les femmes mais sans jamais la moindre bassesse, la moindre méchanceté vis-à-vis de ses camarades, respectant toujours sa famille même dans ses aberrations, d’autre part le métier d’officier et la camaraderie militaire, levé tôt à 5 heures à cheval avec les autres, se montrant vigoureux cavalier.

La garnison de Pont-à-Mousson, face à la frontière, donne une instruction efficace, le IVème Hussard étant prêts à entrer en campagne à tout moment.

Il est un point sur lequel les biographes demeurent muets. Comme les grands hommes qui associent deux registres de vertus et d’affectivité de l’homme et de la femme, il avait et conservera toujours sa tendresse, l’affectivité, la discrétion de la femme, mais il manifestera plus tard son énergie d’homme, l’orphelin ayant trouvé dans l’armée le cadre nécessaire à l’épanouissement de son être masculin.

L’armée qu’il retrouvera alors qu’il n’est plus militaire, sera le prolongement mâle, adulte, de la tradition, du patrimoine. Mais il ne le sait pas encore !

Un jour de décembre 1880, le 4 ième régiment de Hussard à Pont-à-Mousson apprend qu’il est envoyé en Algérie, par Bône, dans la région de Sétif.

Charles de Foucauld a 22 ans et, tout content, envoie l’irrégulière  du moment, appelée Mimi Cardinal dans le grand film de Poirier, par le premier transat, avec une recommandation au commissaire de bord qui croit avoir affaire à la vicomtesse de Foucauld. La fille, qui a une certaine élégance et du savoir-vivre arrive à Sétif, reçue avec empressement par le Préfet.

Ceux qui ont vu le célèbre film, « l’Appel du silence » tourné en 1935 par Léon Poirier, se souviennent des scènes cocasses qui s’ensuivent.

Le jour où les femmes des officiers, les régulières, l’apprennent, dont la colonelle, elles trouvent l’audace de mauvais goût. Foucauld est mandé à Sétif par le colonel, après 30 jours de prison à Bône. Pierre Nord restitue parfaitement le dialogue, le colonel faisant paternellement la leçon au jeune officier.

Mais il connaît mal  de Foucauld qui préfère rompre avec l’Armée, plutôt que de donner congé à cette femme qu’il a lancée dans l’aventure.

Il est mis en « non activité par retrait d’emploi », punition majeure, mais punition seulement, le 20 mars 1881.

Il reprend le bateau, coule des jours heureux avec sa maitresse à Evian, pendant deux mois.

Il s’ennuie vite et apprend l’expédition de Tunisie en 1881, voulant être réincorporé.

Cette conquête a duré 12 jours et la seule bataille fut celle de la Chambre des Députés, où extrême gauche de Clémenceau et extrême droite d’Henri Rochefort, qui voyant dans la colonisation un dérivatif nuisible à l’idée de revanche de 1870, se sont toutes deux dressées contre l’expédition.

Soulignons que ces prévisions furent stupides, car c’est aux colonies que se sont formés nombre de héros de la guerre de 1914.

Cette conquête de la Tunisie fait honte à Foucauld, d’autant qu’il apprend que le marabout Bou Amama, profitant du dégarnissement des troupes vers la Tunisie, déclare la Guerre sainte et que le 4ième Hussard fait mouvement contre le soulèvement des Kroumers en Tunisie. 

Il bondit à Paris, réintégré dans son grade de sous lieutenant, quittant Marseille le 20 juin 1881, pour rejoindre une nouvelle affectation au IVème Chasseurs d’Afrique, dans le sud oranais.

Le 9 juillet, quatre mois après son exclusion, Foucauld est au combat contre les importants rezzous de Bou Amama, descendus de l’atlas marocain. Celui-ci est poursuivi jusqu’au massif montagneux du Khréder, refoulé vers le Sahara, trouvant refuge au Maroc.

Durant cette dure campagne d’été, où la température grimpe à 50 °, le lieutenant de Foucauld s’est montré un vaillant soldat, un excellent chef de peloton, disent ses supérieurs.

Foucauld retourne à Mascara, ville de garnison, le 24 janvier 1882. Il y croise, pour la première fois, le sous lieutenant Laperrine, sorti deux promotions après lui. 

Foucauld ne supporte pas l’inactivité d’une ville de garnison et écrit dans une lettre à Duveyrier que les 7 à 8 mois passés au Sahara « lui ont donné un goût très vif des voyages pour lesquels il avait senti toujours de l’attrait ».

Alors il démissionne le 28 janvier 1882, pour satisfaire librement, écrira-t-il ce désir d’aventures. Cette démarche est incomprise de ses amis et de sa famille, qui lui donne un conseil juridique pour surveiller ses dépenses.

Comment cet homme va-t-il se ressaisir ?

En attendant la réponse du Ministère, il demeure 4 mois à Mascara, jusqu’à fin mai, menant une vie studieuse et rangée, une conversion de ses mœurs dissolues se manifestant dès cette époque.

Il étudie l’arabe avec assiduité, envisage un voyage au Sénégal puis en Orient, mais des camarades de régiment, de retour de l’opération de Figuig le 25 mars, lui montrent la précarité de nos connaissances sur le Maroc.

Fin mai, il écrit à l’ Armée son désir d’explorer le Maroc.

Il se rend à Alger début juin 1882 avec la ferme intention de préparer l’exploration du Maroc, tache blanche sur les cartes géographiques, puisqu’on se fiait aux renseignements de Léon l’Africain, qui avait fait une reconnaissance en 1518 !

En août le Ministère de la Guerre l’informe qu’il demeure officier de réserve au IVème Chasseurs d’Afrique, et qu’il reçoit une dispense de service de deux années, pour faire un voyage d’exploration au Maroc.

Installé au 58 de la Rampe Vallée, il y demeurera près d’un an pour préparer son expédition auprès d’Oscar Mac Carthy, conservateur de la bibliothèque d’ Alger, en pleine Kasbah. Mac Carthy avait 67 ans, irlandais d’origine, un des premiers explorateurs du Sahara avec René Caillé, ayant atteint Tombouctou. Cocasse et savant, il avait un front bombé immense, une grosse tête aux cheveux coupés courts, une barbe généreuse, un visage parcheminé aux doux yeux bleus. Entre Mac Carthy et Charles de Foucauld, le contact fut immédiat, chaleureux.

Il lui donnera tous les éléments indispensables à sa formation. Foucauld poursuivit l’étude de l’arabe, apprit l’hébreu, la topographie, s’exerçant dans la rade d’Alger, comme un vieil officier de marine.

Pour pénétrer au Maroc, Mac Carthy lui dit qu’il faut être arabe ou juif, et Foucauld va se faire passer pour un juif, sous les plus grands aspects de l’abjection, prenant le nom de Joseph Hallman, comme son ancêtre.

Il est accompagné d’un véritable juif, originaire du sud marocain, le rabbin Mardochée Abisserour, mercantile, vivotant de petits travaux pour la Société de géographie, dans un taudis d’une pièce empuantie, avec sa femme et ses quatre enfants, embauché moyennant 270 francs de salaire mensuel et son entretien.

Les voici partis le 10 juin 1883 par le train d’Oran, humiliés injuriés par les arabes. Le 13 juin ils sont à Tlemcen, vont à Nemours et embarquent pour Tanger le 20 juin, enfin au Maroc.

Ainsi, pendant près d’un an, ils déambuleront en plein cœur du Maroc, jusqu’au sud, expédition extraordinaire qui a nécessité une bravoure hors du commun, humainement et scientifiquement, un exploit, un bienfait pour le civilisation.

Mais cet exploit sera occulté par la gloire de l’ermite et du Saint.

Foucauld va travailler deux années pour éditer son livre de la « Reconnaissance au Maroc », 459 pages illustrées d’innombrables dessins topographiques d’une extrême précision, avec 20 feuilles d’Atlas au 25 millièmes.

On connaissait 300 kilomètres de route. Il apporte les tracés précis de 2250 kilomètres, relevant 45 longitudes et 40 latitudes, permettant la constitution de la carte du Maroc.

Son analyse psychologique des Berbères permettront aux officiers des Affaires indigènes de connaître l’âme marocaine, les mœurs, des différentes tribus.

Pierre Nord, qui a participé aux derniers combats de pacification du Maroc écrit: «  Charles de Foucauld, officier français, d’Afrique », les officiers de la conquête ayant sous la main la « Reconnaissance du Maroc».

Il est tout à fait notable donc, pendant que Foucauld explorait le Maroc, cette expédition justifiant la Colonisation, un autre officier, de deux ans son aîné, qui s’appelait Philippe Pétain, les yeux fixés  sur la ligne bleue des Vosges, se préparait à la revanche de 1914, l’armée française faisant un corps double et non contradictoire, les uns pensant à reconquérir l’Alsace et la Lorraine, les autres construisant l’immense Empire.

Charles de Foucauld a été un des penseurs les plus profonds de ce redressement français par l’œuvre coloniale. 

Il nous faut réfuter les biographes qui ont essayé d’expliquer par tout, sauf par la vérité. « Appel du silence » pour René Bazin, désir de se réhabiliter aux yeux de sa famille pour Carrouges, orgueil et volonté de puissance pour l’abbé Six. Et Massignon, qui trahira l’espoir de Foucauld, cite une expression de Pierre Mille, « une rage laïque de comprendre, de voir et de savoir ».

Ils n’ont pas voulu dire qu’il était un aristocrate de dynastie militaire et chrétienne, épris du service de la France, qui par pitié pour les populations opprimées du Maroc et par désir de voir la paix française s’étendre à toute l’Afrique, a été en avant-garde de nos armées.

Il ira beaucoup plus loin que n’iront jamais Gallieni, puis son ami Lyautey, dans la recherche du pourquoi final de la colonisation.

Et cela le ramène aux traditions de sa famille, et sa famille, cette tradition, elle est chrétienne. Voila comment le service de l’officier français, poussé jusqu’à son extrême héroïsme, va mener cet homme, comme sans solution de continuité, progressivement, lentement, à retrouver la plénitude de la foi.

Demeuré une dizaine de jours à Alger au retour du Maroc, il arrive à Paris dès juin 1884 et se présente à la Société de Géographie pour un premier rapport.

Charles de Foucauld a fait à cette époque la connaissance de ce qui sera son plus fidèle ami, le Comte Henry de Castries 1850-1927, Saint-Cyrien après la guerre de 1870, arrivé à Aflou  aux Affaires indigènes en 1873, savant géographique, devenu le marabout chrétien des indigènes, au caractère secret, onzième enfant sur dix-huit, d’une très ancienne noblesse du Languedoc.

Considérant les inimaginables difficultés de Foucauld lors de la « Reconnaissance au Maroc », des relations cordiales s’ébauchèrent en 1884. Quarante huit lettres catholiques furent écrites plus tard par le père à de Castrie, devenu colonel en France, à cet ami retrouvé, de 1901 à 1905, puis de 1909 à 1916. Les réponses d’Henri de Castrie ont disparu.

Puis de Foucauld se rend au Tuquet, près de Bordeaux, chez sa tante Moitessier et ses  cousines, qui le reçoivent comme l’enfant prodigue, avec une extrême bonté. Il fraternise aves Olivier de Bondy, époux de Marie, soldat courageux de la guerre de 1870.

Assez longuement souffrant pendant l’été, il repart à Alger durant l’hiver 84-85, et passe un an et demi à écrire son ouvrage, vivant l’épisode le plus normal pour un homme de 26 ans.

Il y rencontre la fille Marie-Marguerite du commandant géographe Titre, ami de Mac Carthy, à Birtraria et ils tombent amoureux l’un de l’autre. Belle, affectueuse, intelligente, elle est une croyante catholique fervente, malgré son père remarié, protestant. Le seul point les séparant est celui de la foi, Charles étant agnostique.

Le commandant Titre donna son consentement.

Peu de temps après, de Foucauld repart pour la France, devant y passer l’été. Charles leur annonça ses fiançailles, mais l’opposition fut absolue et il en fut effondré. Les trois femmes de sa famille lui font front, sa cousine Marie de Bondy, sa tante Moitessier, et sa sœur Marie de Blic, pour des motifs qui paraissent péremptoires. Charles se rendit et cassa, atterré, ses fiançailles.

La première Médaille d’or de la Société de géographie couronne son exploration, mais c’est Olivier de Bondy qui la reçoit à sa place, en son absence, des mains de Ferdinand de Lesseps.

En septembre 1885 il a décidé de visiter les oasis du Sud algérien, pour les comparer à celles du Maroc.

Il est à Tiaret le 22 septembre, se rend à Laghouat, entre dans le Mzab à Ghardaïa où se trouve le commandant Didier, passionné de colombophilie. Il s’avérera alors que les pigeons, très appréciés par les faucons, ont une répulsion totale pour le désert.

Il voyage en compagnie militaire de Didier qui se rend à El Goléa, se liant d’amitié avec Motilinsky, interprète d’arabe et de yddish.

D’el Goléa, il tire vers l’est, arrive à Ouargla, la reine des oasis. Là le commandant Didier et Motilinsky rebroussent chemin. De Foucauld continue vers le sud tunisien, visite Touggourt, longe le chott Djéridi, se rend à Tozeur et atteint Gafsa le 18 décembre, rejoignant la côte à Gabes. Il laisse  131 esquisses de ce long périple, confiées à Duveyrier, qui mourra en 1892.

Il rentre alors en France, visite à Nice les de Blic, sa sœur Marie et son beau-frère qui viennent d’avoir leur premier enfant, puis remonte à Paris.

 

  

 

 

 

Troisième partie.

Le retour à la foi, 1886-1897.

 

Il s’installe au 50 de la rue de Miromesnil le 19 février 1886 pour publier la relation de son voyage.

Il est seul chez lui à travailler, dormant à même le sol, enveloppé dans une djellaba, menant une vie d’ascète à 28 ans.

Il se rend très fréquemment chez sa tante Moitessier et chez ses cousines, surtout Marie qu’il appelle sa mère. Elles habitent à deux pas de chez lui, 42 rue d’Anjou.

Il ne se fera pas alors d’amis, en dehors de l’explorateur Duveyrier, qui n’a pas la foi;

L’exemple silencieux de ces femmes qui vivent saintement et qu’il aime immensément, va tout faire pour sa conversion, ainsi qu’il l’a dit et écrit dans bien des circonstances, dans ses lettres postérieures au cousin Louis en particulier.

Il réfléchit beaucoup au sens de la vie, écrivant dans une longue lettre à Henry de Castrie, « je me suis dit que peut-être cette religion n’était pas absurde… En même temps une grâce intérieure extrêmement forte me poussait…Je me mis à aller à l’église, sans croire, ne me trouvant bien que là, y passant de longues heures à répéter cette étrange prière, mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse… L’idée me vint qu’il fallait me renseigner sur cette religion où, peut-être se trouvait cette  vérité dont je désespérais, et je me dis que le mieux serait de prendre des leçons de religion catholique, comme j’avais appris des leçons d’arabe ».

La lecture d’un livre de Bossuet, sans doute celui offert par sa cousine Marie, le préoccupe. Une telle foi dans un tel esprit !

Bref, Charles de Foucauld s’adresse à l’abbé Huvelin, 48 ans en janvier 1886, normalien, agrégé de philosophie, licencié de grec et d’histoire, promis aux plus hautes fonctions, mais se trouvant avec bonheur vicaire de Saint-Augustin, à la foi brûlante, au verbe chaleureux, directeur de conscience de de Marie. Il demeure 6 rue de Laborde.

Les derniers jours d’octobre 1886, entre 27 et 30, le père de Foucauld ne s’est jamais souvenu de la date exacte de sa conversion, il fait requête à l’abbé Huvelin.

Celui-ci le fait entrer dans le confessionnal et lui dit : agenouillez  vous et confessez vous, puis l’envoie communier séance tenante à l’Hôtel de la Vierge.

Et le père de Foucauld poursuit :   « aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de vivre que pout Lui. Ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi ».

Cette vie nouvelle commence par une pratique quasi-quotidiennes des sacrements, une instruction poussée, presque chaque matin, chez l’abbé Huvelin et aussi par Marie de Bondy au 42 rue d’Anjou, qui l’initie à la dévotion au Sacré-Cœur.

L’abbé Huvelin avait converti Emile Littré, savant, auteur du monumental dictionnaire (dont l’épouse était catholique), positiviste d’Auguste Comte, franc-maçon, mort en 1881 d’une fin douloureuse, converti sur son lit.

Mais il est intéressant de faire le parallèle avec Charles Maurras. C’est en effet au même instant que Maurras, le petit génie, devenu incroyant vient frapper à la porte de l’abbé Huvelin, tente de sauver sa foi sur le conseil de son Evêque. Mais il n’y eut pas de sympathie mutuelle et Maurras n’y retournera point. Il en fut de même pour Lyautey, au contact éphémère.

Peu de mois après ce grand changement, écrit-il, il pense entrer au couvent, mais l’abbé Huvelin, comme sa famille, le poussent au mariage. Il fait la sourde oreille et laisse le temps passer.

La « Reconnaissance au Maroc » est publiée en 1888. C’est l’année où Thérèse Martin entre au Carmel de Lisieux.

Foucauld fait une période militaire, bien noté. L’hiver il est à Paris, l’été il alterne entre le Tuquet, résidence des Moitessier, Dijon et Chalon, chez sa sœur Marie de Blic.

L’abbé Huvelin va le conduire alors à la vie religieuse, avec sagesse et lenteur. Tout d’un coup il lui dit « allez en terre Sainte » ce qu’il fera par pure obéissance, écrira-t-il plus tard.

Il arrive à Jérusalem, passe la nuit de Noël à Bethléem, et c’est surtout à Nazareth où il arrive le 10 janvier que, bouleversé de trouver le Christ dans son contexte vivant, il veut s’y identifier, avec une soif de mener cette vie cachée, abjecte, obscure, qui ne le quittera plus désormais.

A son retour de terre Sainte, il veut être moine et l’abbé Huvelin va le guider dans son choix.

Durant l’hiver 1889, il l’engage à visiter Solesmes, bastion du traditionalisme, restauré il y a 50 ans par l’abbé Dom Guéranger, puis en mai à la Trappe de Soligny

L’été passe et entre le 29 et le 30 octobre, il se rend dans l’Ardèche, à Notre-Dame de Neiges, fondation de Dom Chotard, père-abbé d’Aiguebelle, ami d’ Huvelin.

Cette Trappe très pauvre l’attire, surtout parce qu’elle a fondé en Syrie un monastère encore plus pauvre, Notre-Dame du Sacré-Cœur d’Akbès, en plein pays païen, et qui le tente en secret.

Il fait une retraite à Morez, chez les Jésuites, entre le 22 et le 30 novembre 1889, sous la direction du père Soyer.

Il part à Dijon dire au revoir à sa sœur, puis à Nancy dans la famille de sa mère et près des Latouche, puis à Paris, mettre de l’ordre dans ses affaires.

Le 15 janvier 1890, c’est l’arrachement fort bien raconté par l’abbé Six. Il quitte celle qu’il admire le plus au monde, Marie de Bondy, avec la volonté de ne plus jamais revenir. A 19 heures 10 c’est la séparation, madame de Bondy le bénit et s’en va en pleurant.

« Ce sacrifice qui m’a couté toutes mes larmes, car depuis ce jour je ne pleure plus, il semble que je n’ai plus de larmes » écrira-t-il plus tard.

Durant cette période il s’est détaché de la politique des hommes. En 1889 c’est l’année du Boulangisme et de l’effervescence des esprits pour renverser la République, il ne réagit pas. Au début du ralliement en 1890, avec le toast anti-légitimiste de Mgr Lavigerie à Alger, il ne réagit pas ouvertement, alors qu’il a toujours été légitimiste, semblant se conformer aux idées de Léon XIII, à la suite de l’abbé Huvelin et de Marie de Bondy. Antoine de Vallombrosa, marquis de Morès, de sa promotion de Saint-Cyr Plewna, fondateur de la Ligue antisémite lors de l’affaire Dreyfus en duel avec lui, demeure inconnu.

Il a tout abandonné, sa famille, l’armée, ses idées politiques, pour se consacrer uniquement à Dieu, convaincu écrit-il que « de ce sacrifice viendra un surcroît de grâces divines à tous ceux qu’Il aime ».

Mais il ne sait pas que tout lui sera rendu, qu’il rentrera plus tard dans la politique, en étroite collaboration avec l’armée, par charité sacerdotale, qu’il reverra Marie de Bondy dans 19 ans.

Reçu dans la communauté Notre-Dame des Neiges en plein hiver, le 17 janvier, Trappe au climat très rigoureux entre Le Puy et Mende, il prend le nom de frère Marie Albéric, nom du deuxième fondateur de la Trappe.

Il mène une vie très dure cistercienne, faite de prières, de travaux manuels, d’austérité, de silence où, levé à 2 heures du matin, il prend son unique repas à 16 heures 30.

En juin, il va à la Trappe d’Akbès tant désirée, en Syrie. Dom Martin, le père-abbé, le conduit jusqu’à Marseille. Il prend le bateau qui le mène à Alexandrette où le père Etienne est venu le chercher. Ils voyagent escortés de soldats dans cette région peu sûre, sous la puissance turque, musulmane. Ils arrivent à Akbès, Trappe d’une grande pauvreté et il y prononce ses Vœux Saints le 2 février 1892. Il a 36 ans.

 Il demeure au total sept années à la Trappe, mais il a choisi la Trappe non comme un idéal absolu, mais parce qu’elle répondait le moins mal à cet idéal

Il ne s’y est pas senti à l’aise pour trois raisons

-- d’abord quand on lui fait faire des études théologiques, contrarié qu’on envisage de le faire prêtre,

--  interfère aussi la réforme des Trappes cisterciennes de Léon XIII, assouplissement contraire à ses désirs,

--  enfin c’est le grand événement des persécutions des Turcs contre les Arméniens, de novembre 1895 à juillet 1896. Jusqu’à 100 000 Arméniens chrétiens sont massacrés, sous l’oeil indifférent de l’Europe, massacre de chrétiens par des musulmans fanatisés, massacre qui le scandalise d’autant plus qu’il est protégé, dans le monastère, par ceux-là même qui égorgent ses frères chrétiens !

Il s’en ouvre dès septembre 1893 à son confesseur Dom Polycarpe, à l’abbé Huvelin, à Marie de Bondy et leur parle d’un projet de fonder une petite congrégation, menant la vie de Nazareth. 

Ils croient à une perfectomanie, une exaltation, une tentation d’orgueil, et ils ne le comprennent plus.

Début 1897, la loi canonique le conduit aux vœux perpétuels et il lui faut trancher.

Le père-abbé Louis de Gonzagues, siégeant à la Trappe cistercienne de Staouéli, dont dépend maintenant Akbès, le fait appeler. De Foucauld, frère Marie Albéric, prend aussitôt le bateau pour Alger et Dom Louis de Gonzagues l’envoie à Rome faire ses études de théologie, se disant qu’il sera sous la main du Révérentissime père Abbé général Sébastien Viard, qui se débrouillera bien à le garder.

 Il arrive à Rome le 30 octobre 1896 et ne voit le père Viard absent, que le 16 janvier.

Il lui livre son état de conscience et attend pendant sept jours, dans un esprit de totale obéissance sa décision.

Le 23 janvier le père Viard lui annonce qu’il est libre.

Il s’appellera désormais Charles de Jésus, cessera d’être religieux de chœur, pour redescendre au rang familier de valet, quittant la Trappe après 7 ans de vie religieuse, pour mener une vie d’ouvrier au service des Clarisses à Nazareth.

Le père Viard écrira au père de Gonzagues qu’il a tout fait pour le garder, mais qu’en conscience Dieu ne lui a pas autorisé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quatrième partie.

De Nazareth au sacerdoce, 1897-1901.

 

Le 23 janvier au soir, il écrit une magnifique méditation sur le Pater. Les formalités faites, il embarque pour la Terre Sainte et le 9 mars il est à Nazareth. La supérieure des Clarisses, qui l’a reconnu, l’engage comme petit domestique. Il loge une cabane du jardin où il est heureux, l’âme en paix écrira-t-il à Marie de Bondy, menant une vie d’abjection, accoutré de façon minable, mais en plénitude mystique.

Il écrit du 5 au 15 novembre sa fameuse Retraite de Nazareth et le principal de ses méditations, des centaines de pages, non destinées à la publication.

Il rédige sa première règle des Ermites du Sacré-Cœur de Jésus, terminée le 9 juin 1899, d’après la règle de Saint-Augustin.

Il restera au total quatre années à Nazareth, mais dès la fin de la première année commence un désir d’apostolat encouragé par Sœur Elisabeth, Supérieure des Clarisses à Jérusalem.

Mère Elisabeth l’envoie à Rome en mission pour le Couvent, mais aussi prétexte pour l’adresser à l’abbé Huvelin.

Parti de Jérusalem le premier août, il est à Marseille le 16 août 1900 Il va en pèlerinage à la Sainte-Baume; monte à Paris où il se met d’accord avec l’abbé Huvelin, ne visite aucun des siens, passe à Notre Dame des Neiges, puis part à Rome effectuer sa mission.

Le voilà de retour à Notre Dame des Neiges le 29 septembre où il reçoit vite les ordres mineurs.

Il écrit alors sa deuxième Règle des Petits Frères du Sacré-Cœur de Jésus.

Elle imite la vie cachée de Jésus, comme Saint-François d’Assise avait choisi d’imiter sa vie publique.

Après une retraite du 9 mai au 9 juin 1901, c’est l’Ordination à Viviers, diocèse de Mgr Bonnet.

Le soir même, le nouveau prêtre remonte dans l’Ardèche dire sa première messe à Notre Dame des Neiges, en présence de sa sœur Marie, qui l’avait précédé.

Le père Charles de Foucauld écrit à Dom Martin :

« Je viens d’être ordonné prêtre, et je fais les démarches pour aller continuer dans le Sahara, non pour prêcher, mais pour vivre dans la solitude, la pauvreté, l’humble travail de Jésus, tout en tâchant de faire du bien aux âmes, non par la parole, mais par la prière l’Offrande du Saint Sacrifice, la pénitence, la pratique de la charité ».

Il écrit au père Jérôme :

« Il faut passer par le désert et y séjourner, pour recevoir la grâce de Dieu : c’est là qu’on se vide, qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas Dieu, et qu’on vide complètement notre âme pour laisser toute la place à Dieu seul, pour la conversion de l’âme avec Dieu, dans la foi, l’espérance et la charité ».

 

 

Cinquième partie.

Béni Abbés, 1901-1905.

 

La conversion des infidèles, plus particulièrement du Maroc, le tente depuis longtemps. Après les négociations pour préparer son établissement en Afrique du Nord, permission de Mgr de Livinhac, Supérieur général des Pères-Blancs de Maison-Carrée, autorisation du Gouvernement Général, puis des chefs militaires, un vieil ami de Saint-Cyr, le commandant Lacroix faisant les démarches nécessaires, il quitte Notre Dame des Neiges, descend à Marseille, faisant encore un pèlerinage à la Sainte-Baume.

Il retrouve l’Afrique le 1ier septembre 1901, accueilli à  Maison-Carrée par Mgr de Livinhac comme prêtre séculier du diocèse de Viviers, travaillant dans la Préfeture apostolique de Ghardaïa.

Il lui reste 15 ans à vivre dans le désert du Sahara.

A Alger, il se rend au gouvernement Général, muni des recommandations de son ami Henry de Castrie, officier des Affaires indigènes dans le sud oranais, ayant de bonnes relations avec le haut Commandement en Algérie.

Il y retrouve le commandant Lacroix, chef du service des Affaires indigènes, qui va vaincre l’opposition des civils à l’introduction d’un prêtre d’un genre bizarre, dans des territoires à peine pacifiés.

Grâce à lui, il prend le train jusqu’à Ain-Sefra, y rencontre le commandant des territoires de la Saoura, le général Cochenez, vieil ami d’Henry de Castrie.

Escorté du lieutenant Huau, il arrive à Taguit, dans le sud-ouest, où le lieutenant de Susbielle, encore un ancien ami, vient à sa rencontre avec une escorte, le recevant comme un homme de rang élevé.

Il arrive à Béni-Abbes où le contact devient très intime avec le capitaine Regnaut, chef de l’annexe de Béni- Abbes, qui partage ses idées religieuses.

 

Ainsi il est sûr qu’à partir du moment où le père de Foucauld débarque, il ne peut faire un pas sans l’armée qui a la haute main sur les Territoires du Sud.

Parti pour l’extension, non plus de l’Empire français, mais du règne de Jésus sur les pauvres du Sahara d’Algérie et du Maroc, il va rencontrer à nouveau l’armée dont il accepte les liens, sans aucune restriction, comme une chose parfaitement normale.

Mais il ne peut guider militairement, car le télégraphe y est absent. Il a appris ainsi la déclaration de la guerre de 1914 le 2 août, un mois après !

Il s’installe à Béni-Abbes, perdu dans une oasis proche du sud-marocain, avec l’optique d’évangéliser le sud-marocain, avec l’optique d’évangéliser le Maroc, écrit-il à Henry de Castrie.

Le bordj lui battit un monastère et il construit sa clôture, où il s’enferme le 1ier décembre 1901.

Sa zaouïa est littéralement envahie par les soldats montant le soir au bordj, écouter les commentaires de l’Evangile et prier.

Les indigènes l’entourent d’une vénération profonde, accourent visiter le marabout chrétien, vivant plus pauvrement qu’eux.

 Il se nourrit de dattes, de kesra d’orge, de lait, dort à même le sol, distribue tout ce qu’il reçoit, rachète des esclaves, recueillant deux négresses infirmes, libérant le petit Abd Jésus, 3 ans, qu’il baptise le 12 juillet.

Il prend auprès de lui Paul Embarek, esclave libéré, de 15ans, qui va s’attacher à lui.

Il donne les sacrements aux soldats.

A cette même époque, il rédige le règlement de Petites Sœurs du Sacré Cœur de Jésus, calqué sur celui des Petits Frères.

Le 6 mars 1903, il rencontre le commandant Laperrine entrevu en 1901 à Mascara, qui commande d’Adrar le territoire des Oasis.

Rentran d’Alger avec le capitaine Regnault qui commande la Saoura, Laperrine a fait le détour par Béni Abbes, pour rejoindre Adrar. De ce jour jaillira leur amitié profonde, qui s’épanouira en 1904.

Mgr Guérin, devenu son ami, le visite en 1902 avec le Père Blanc Voillard, mais les Pères Blancs ne viendront pas à son secours pour développer son œuvre. Nous sommes en pleine persécution religieuse, sous les lois anticléricales du renégat Combes.

A la même époque, le commandant Laperrine a ouvert un immense domaine à la France par la victoire de Tit, centre du Hoggar, le  7 mai  1903, où le lieutenant Cottenet, avec une centaine d’hommes, défait tout un rezzou, le peuple Targui se rendant dans sa totalité, après ce fait d’armes magnifique.

Entre mai et août, un rezzou marocain déclenche une véritable Guerre Sainte, et le 23 août nos légionnaires se laissent surprendre à El Moungar par 9000 personnes dont 3500 guerriers, tuant 40 de nos hommes, les blessés se préparant à un nouveau Camerone. Le lieutenant de Susbielle arrive à bride abattue, avec 300usils et parvient à faire dételer le rezzou.

Le père de Foucauld arrive immédiatement comme aumônier, mais écrit à Henry de Castrie pour exprimer sa critique que l’on ait envahi le Maroc à ce moment.

Soulignons qu’en octobre 1903 le colonel Hubert Lyautey s’est installé à Aïn Sefra, nommé général de la division d’Oran, préalable à l’occupation d’ Oujda, puis de tout le Maroc.

Foucauld rencontre Lyautey de passage à Aïn Sefra, 30 ans après l’avoir croisé à Alger, tous deux étant alors de joyeux lieutenants de housards, dira Lyautey en 1922.

Tandis que cette conquête du Maroc attend, Laperrine sollicite le concours du père de Foucauld pour faire une tournée d’apprivoisement vers Tombouctou. Il obtient les permissions de l’abbé Huvelin et de Mgr Guérin, rejoint Laperrine en mars 1904.

C’est une image d’Epinal que de voir cette compagnie saharienne ayant à sa tête l’officier français et le marabout chrétien, colonisant la main dans la  main, en vue de conquérir, de pacifier et de convertir.

De Foucauld ne s’arrête pas à Tamanrasset, mais remonte jusqu’à Salah, Timimoune, El Goléa et fait retraite au poste de mission de Ghardaïa, auprès de Mgr Guérin, pour Noël 1904. Il s’y repose six semaines.

Le 1ier janvier il retrouve Laperrine nommé lieutenant-colonel à El Goléa, puis le 24 janvier il est à Béni-Abbes où il rencontre le général Lyautey, début d’une longue amitié, avec vingt quatre lettres.

Il reste 3 mois puis repart avec Paul Embarek  rejoindre le capitaine Dinaux, commandant la compagnie saharienne d’In Salah, convoyant avec lui quatre Français en mission, dont le géographe Emile Gautier et l’écrivain Pierre Mille, pour une deuxième tournée à Timiaouine. 

Ils voyagent tôt la nuit pour éviter l’extrême canicule, le père de Foucauld disant sa messe à 2 heures, sous les étoiles.

Au cours de ce raid, Moussa ag Amastane, chef des Touaregs du Hoggar, parent de celui qui a tué René Caillé, rejoint pour faire sa soumission, les accompagnant pendant 15 jours et donnant son accord pour l’installation du marabout Chrétien à Tamanrasset. Ils arrivent le 13 août dans cette tribu des Dag Rali de vingt feux.

La pacification est plus avancée et le père de Foucauld va s’y installer, seul européen dans l’immense désert, au cœur du Hoggar, à 700 kilomètres des Français les plus proche à In Salah, quatorze jours de méhari.

Est-ce que l’armée a récupéré son officier pour le faire participer à la conquête de son Empire, remobilisant insidieusement l’ancien explorateur du Maroc ?

Les opinions sont partagées, mais ce qui est certain, c’est qu’après son absence il retrouve ce milieu qu’il connaît pour y porter le Christ, c’est vrai, mais en symbiose divine de la France colonisatrice et pacificatrice, sanctifiée, illustrée par le père Charles de Foucauld.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sixième partie.

Le Hoggar, 19058-1916.

 

Le voici fixé au Hoggar, pays de montagnes et de hauts-plateaux, où la température est plus fraiche, souvent négative la nuit, avec  des gommiers et des éthels au fond des pâturages et des ravins.

Tit en est le centre et le père y construit une cabane, puis un abri dur en briques de sable, que Laperrine appelait la « frégate », sorte de couloir de six mètres sur un mètre soixante quinze, séparant par des rideaux la chapelle, la bibliothèque et la chambre.

Il célèbre sa première messe au Hoggar le 7 septembre 1905.

Du seuil de sa maison, vêtu d’une tunique blanche, avec le cœur et la croix rouges sur la poitrine, une ceinture cintrant sa taille, une sorte de chéchia blanche, képi à visière supprimée en guise de couvre-chef, il domine un superbe paysage sauvage, aux hautes montagnes volcaniques que le soleil colore le soir, en pourpre et mauve, dans la pureté absolue de l’atmosphère.

Les Touaregs aux traits réguliers, visage clair enrubanné d’étoffe bleue, au morphotype grand, élancé, sont d’un orgueil immense, vivant de la guerre et du pillage, portant avec fierté une lance, un sabre à poignée en croix en bandoulière et, sur le côté, un bouclier en peau d’antilope.

Ils sont de mœurs libres, dont la célèbre Dassine, se réunissant en cours moyenâgeuses de musique et de poésies.

Dassine, accroupie sur le sable, est l’égérie du Hoggar, de noble famille touarègue, sœur d’Axamuk qui doit succéder à Moussa Ag Amastane, régnant quand Moussa est au loin, faisant survivre les troupeaux.

Musulmans mais peu pratiquants, le père de Foucauld a vite compris que leur conversion serait plus aisée que celle des arabes.

Leur chef élu est l’amenokal, actuellement Moussa Ag Amastane, dont le prédécesseur dirigeait les assassins de René Caillé en 1838. Leurs vassaux ou imrads sont les Dag Rali. Quant aux harratines, ce sont les nègres du Touat, esclaves affranchis, qui cultivent la terre.

Le père de Foucauld voit très souvent Moussa Ag Amastane, patrouille dans le Hoggar en tous sens, rendant compte avec précision, à Mgr Guérin, des sites où pourraient s’installer les Pères Blancs.

Mais voici que Paul Embarek va de mal en pis et le quitte le 17 mai. Sans servant le Père ne peut plus dire la Messe.

 

Il invite son bon et vieil ami Motylinski l’été, pour faire du tamashek. Celui-ci arrive de Constantine le jour de Pentecôte, le  3 juin 1906, Motylinsky lui servant la messe. Ils travaillent trois mois, période pendant laquelle le père a failli succomber à une piqûre de vipère.

Puis le père de Foucauld retourne un moment à Béni Abbes, le 2 novembre, revoyant Lyautey le 18 novembre 1906, avant de passer à Maison-Carrée où, merveille véritable, il trouve un compagnon, jeune breton, frère Michel, qui décide de le suivre.

Ils rejoignent Béni Abbes, puis Ain Séfra, où il revoit Lyautey le 11 décembre, puis In Salah.

Mais le frère Michel, épuisé, le quitte trois mois plus tard à In Salah.

Le colonel Laperrine lui apprend la mort de Motylinski à Constantine victime du typhus le 2 mars 1907.

Le père retourne à Tamanrasset avec la mission Michaud-Cortier où il arrive le 6 juillet 1907, mais seul.

Autre déception, Ag Amastane s’est laissé persuader par le cadi Ben Amou, d’islamiser le peuple Touareg.

Le 2 janvier 1908, c’st l’effondrement brutal de sa santé, avec des troubles cardiaques, une vue qui défaille : c’est le scorbut. Il sent qu’il va mourir à 50 ans, dans ce peuple qui va succomber dans l’islamisme et il écrit des lettres admirables dans sa déréliction.

 Ag Amastane prévenu, lui fait apporter, de loin, des chèvres et Laperrine trois méharis de ravitaillement.

Le père va mieux et le père Buttin, procureur des Pères Blancs à Rome, lui a obtenu de Pie X, pape depuis 5 ans, le privilège de célébrer la messe sans servant.Il apprend la nouvelle par une lettre de Laperrine du 31 janvier et peut célébrer la messe seul le 1ier février.

Coïncidence heureuse, l’islamisation tourne court.

Dans l’été 1908, l’administration militaire décide qu’un détachement sera maintenu dans le Hoggar, au fort Motylinski, bâti à 50 kms au nord de Tamanrasset.

C’est aussi l’époque où Moussa Ag Amastane sera conduit à visiter la France, par un officier.

Le père de Foucauld consacre beaucoup de temps à l’étude de la langue des nomades et c’est en effet le deuxième aspect de son œuvre, avec l’exploration du Maroc, que cette extraordinaire assiduité, méthodicité, avec laquelle le père a assuré un travail linguistique monumental, digne des plus grands savants de son siècle.

Consacrant jusqu’à 10 heures par jour, 156 jours par an, pendant 8 ans, encore avant sa mort où le 28 novembre 1916 il achève son recueil de poésies touarègues. Il élabore un dictionnaire abrégé et complet édité en quatre volumes, un dictionnaire des noms propres, des cahiers de proverbe, un livre de grammaire, un recueil de textes en prose et un de poésies, travail surhumain considéré par le père comme une « prière, la science n’étant pour lui que l’histoire des œuvres de Dieu ».

C’est aussi en 1908 que le père rédige à Pâques les statuts d’un Tiers-ordre spirituel catholique français, pour l’évangélisation des infidèles des Colonies, appelé en 1914 l’union Coloniale Catholique, dont il voulait que le siège soit à Paris.

C’est la raison pour laquelle il se rendra en France à trois reprises, en 1909, 1911, 1913, pour concrétiser le projet avec un réseau d’amis.

En 1909, premier voyage, il revoit Marie de Bondy qui a demandé l’autorisation au père Huvelin. Avec Louis Massignon, jeune universitaire, qui vient de se convertir en 1907, le père croit trouver là un fils spirituel.

L’année 1910 sera une année douloureuse avec la mort de l’abbé Huvelin, voûté, goutteux plein de rhumatismes, souvent alité, et le 14 mai de Mgr Guérin, 37 ans, usé par les peines de sa mission. C’est aussi le départ de Laperrine pour la France.

En 1911, deuxième voyage, il revoit sa famille, Massignon avec un échange de 79 lettres, l’abbé Crozier, Joseph Hours.

De retour à Alger, il prend le père Voillard comme directeur de conscience, après l’abbé Huvelin, retourne chez les Touaregs le 3 mai.

Mais les lettres s’espacent brusquement l’été, inquiétant ses correspondants. Il s’est installé à l’Assekrem, parti le 5 juillet pour habiter dans une masure à 2700 mètres d’altitude, le plus haut point du monde d’une sauvage beauté, où jamais ermite ait vécu.

Début novembre, la fatigue le contraint à redescendre à l’ermitage de Tamanrasset.

En 1913 c’est le troisième voyage avec en poche les Statuts du Directoire, accompagné d’un jeune touareg de 15 ans, Oukzem, de la tribu des Dag Rali.

Débarqué à Marseille, il revoit le duc de Firtz James, ami du député royaliste Albert de Mun.

Il passe à Toulon visiter avec Oukzem la flotte de guerre, reçu par son neveu Charles, fait le pèlerinage rituel à la Sainte Baume, revoit Mgr Bonnet, le père Crosier, fait le tour de sa famille à Bridoire, à la Renaudie, au Château de la Barre à Nancy.

Il retrouve Laperrine à Lyon, Joseph Hours, Massignon qui lui servira la messe à la Crypte des Carmes le 2 septembre, ne le rejoindra jamais.

Ernest Psichari, le petit fils de Renan, converti dans le désert, écrit à Maritain pour lui demander s’il n’était pas opportun qu’il s’inscrive à l’Union Coloniale Catholique. Le père en parle avec éloge, mais ne saura pas qu’il est tombé en 1914, au début de l’invasion allemande.

La guerre est en effet déclarée le 2 août 1914 et Foucauld l’apprend un mois plus tard, à 17 heures. Il minimise l’évènement aux yeux des Touaregs. Il veut être mobilisé, mais Laperrine l’en dissuade.

L’Italie, qui s’est vue confier le Fezzan et la Tripolitaine en 1912, dégarnit le désert et le Fezzan tombe aux mains des Senoussis, les fellaghas du temps.

La France renforce sa frontière, au total 300 hommes seulement sur 2000 kilomètres, avec trois grands postes, Fort Polignac, Fort Flatters et Djanet.

Les Libyens, encadrés par des Allemands, attaquent nos postes et le 6 mars 1916, 1000 Senoussis, conduits par Ahmoud, assiègent Djanet. Nos 50 hommes sont exterminés.

Le père de Foucauld accourt au fort Motylinski et conseille au sous-lieutenant Constant, en l’absence du capitaine de Laroche, de se retirer dans la montagne, là où il y a des sources.

Le commandant Meynier, venu du Soudan, reprend Djanet après 30 heures de combat. Mais Djanet sera abandonné le 15 septembre, recul stratégique que Foucauld juge lamentable.

Le 23 juin, le père entreprend la construction de ce fameux fortin carré, sur une colline de 300 mètres de côté, dont il établit les plans, inspiré des constructions médiévales du Maroc. Il est en toub, briques d’argile non  cuites, sans crépi. Quatre tours d’angle réunies par un énorme mur crénelé, de 5 mètres de haut, sans autre ouverture que la porte. Il a une cour intérieure de 14 mètres de côté, un puits en son centre, un magasin avec une trentaine de fusils et des munitions, divers matériels et vivres.

Il s’y enferme le soir, les indigènes Touaregs pouvant le rejoindre en cas d’attaque pour s’y réfugier et se défendre.

Il a déménagé de la « frégate » l’autel portatif, les Saintes reliques, le calice et le ciboire, l’ostensoir, ses vêtements sacerdotaux, les livres, les manuscrits, les médicaments.

Habituellement l’ermite entendait le blatèrement d’un dromadaire, au lever du jour, et le courrier arrivait de Salah à Tamanrasset tous les 15 jours, par un méhariste arabe de l’Armée d’Afrique. Il lisait les lettres de madame de Bondy, de Massignon, des Pères Blancs, de Mgr Bonnet… avec bonheur, avec les journaux de Paris et d’Alger, avant de se replonger dans ses travaux linguistiques, ne répondant que le lendemain matin.

Prêtre convertissant à ses débuts, il se retourne et la vraie conversion des Touaregs, Dieu seul pourra la réaliser, s’il le désire. « Quand ils en seront à faire des actes d’amour parfait et à demander à Dieu la lumière, ils seront prêts d’être convertis » écrit-il à son ami J Hours.

Le plan des Senoussis, confrérie créée en 1840 à La Mecque pour s’opposer à la pénétration européenne est clair : envahir le Sahara français, poussant à Agades et au Niger, pour étendre l’islam à toute l’Afrique du Nord, grâce aux militaires des Allemands et des Turcs, chassant les Italiens de Tripolitaine, récupérant leurs armes, canons et mitrailleuses.

Charles de Foucauld écrit le 1ier septembre à son ami le Général Olivier Mazel, commandant la Vième armée  (au chemin des Dames), « On se tient sur le qui-vive à cause de l’agitation croissante des sénousites. Nos Touaregs d’ici sont fidèles, mais nous pourrions être attaqués per les Tripolitains. J’ai transformé mon ermitage en fortin. Je pense, voyant mes créneaux, aux couvents fortifiés du Xième siècle. On m’a confié 6 caisses de cartouches et 30 carabines Gras, qui me rappellent notre jeunesse ».

Le capitaine de Laroche qui a éventé un complot des Dag Rali en fait fusiller quatre, mais le nommé El Madani s’esr réfugié à Djanet et prépare un second complot.

Venu de Amsel, relevant de l’autorité du sultan Hamoud, ce Madani connaît parfaitement les habitudes du père de Foucauld et mène une harka jusqu’à Tamanrasset.

Les harratines ont peur et se cachent chez eux, de même que Paul Embarek, qui avait rejoint le père.

Le 1ier décembre 1916, Madani crie pour dire que le courrier est arrivé. Le père ouvre la porte de l’étroit et bas couloir. Madani le saisit. Les autres harkis le tirent, lui lient les mains et les pieds dans le dos, exigeant sa confession arabe, mais il prie. Ils pillent le fortin en silence dans la nuit, mais l’on retrouvera tous ses papiers écrits.

Le nègre Paul Embarek a été enlevé chez lui et ligoté à ses côtés, témoin de toute la scène. Au matin deux méharistes de passage, venant du fort Motylinski, sont abattus. Puis le jeune Sermi Ag Thora, qui surveille le père, le tue d’un coup des feu derrière l’oreille droite.

Charles Vella, sous-officier au Fort Motylinski, écrira son témoignage en 1953, ayant interrogé Paul Embarek sur place. « Du moment où le père fut attaché, il n’ fait que prier, indifférent à ce qui se passait autour de lui. Sommé de dire la Chaâda, conformément au rite coranique, il a continué de prier et répondu, en tamasheq : je préfère mourir ».

Le capitaine Laroche, arrivé à Tamanrasset le 21 décembre, recevra un témoignage identique.

Ainsi la mort du père de Foucauld n’est pas due à l’affolement du fellagha, n’est pas un fait divers comme le dit cyniquement l’abbé Six, mais décidée sciemment par haine de la foi  chrétienne, comme l’ennemi le plus dangereux de l’Islam.

Cet esprit d’exécration islamique s’est perpétué pendant la guerre d’Algérie, aboutissant à l’exil des Français en 1962.

Le moine-soldat qui veillait aux frontières de l’Empire chrétien est mort en martyr.

Avec une préscience extraordinaire, il écrivait en 1897 dans ses notes à Nazareth, « Pense que tu dois mourir martyr, dépouillé de tout, étendu sur terre méconnaissable, couvert de  sang et de blessures, violemment et douloureusement tué, et désires que ce soit aujourd’hui ».

Tout le Sahara est ébranlé et le péril est si grand que Lyautey est nommé à Paris au ministère de la Guerre.

Il renvoie aussitôt Laperrine au Sahara.

Celui-ci remet de l’ordre très vigoureusement, venge le père de Foucauld, poursuivant les assassins, les supprimant tous les uns après les autres, sas aucune pitié, pensant que la justice l’imposait, mais aussi pour la sécurité de la France.

Le père de Foucauld avait été enterré sur place par les indigènes, non débarrassé de ses liens, au pied du bordj, dans le fossé. Il est ré inhumé 20 jours plus tard par le capitaine de Laroche, à une vingtaine de mètres.

Le général Laperrine le fera exhumer le 15 décembre 1917 et transporter à 200 mètres, où est élevé un monument pyramidal.

Laperrine, mort le 6 mars 1920, après un atterrissage de détresse à la frontière du Sahara, sera enterré à côté de son ami. Devant les deux tombes sont inhumés les trois goumiers abattus.

En avril 1929 va avoir lieu le troisième transfert du père, transporté à El Goléa, au moment où il est question de sa canonisation.

Seuls le cœur, le péricarde du père de Foucauld, extirpé par un Père Blanc, reste à Tamanrasset, inséré dans le monument pyramidal de Laperrine.

En 1963 le monument est profané par des arabes venus du nord. Il sera détruit sous les ordres du colonel Brelière, après autorisation gouvernementale, avant le départ de nos troupes, les corps du général Laperrine et des trois méharis étant transférés en France par avion, sous le contrôle du colonel Delarue.

Le cœur du père de Foucauld, retrouvé dans la maçonnerie antérieure et supérieure de la pyramide, dans un double coffret de bois et de métal bronzé, entouré d’un ruban tricolore, en présence du père Biraud, curé de Tamanrasset, des frères Paul et Roger, du colonel Brelière sera caché quelque part dans le Hoggar.

Ce que le père de Foucauld appelait francisation, ce n’était pas la colonisation républicaine et jacobine gaulliste de mai 1958, mais la christianisation pour sauver toutes ces âmes, se les attacher définitivement à nous, les éduquant pour leur faire comprendre l’inanité de leur foi, gagnant leur confiance, les familiarisant avec notre morale.

Et le père nous a mis en garde par des avertissements solennels, à plusieurs reprises.

Ainsi, en 1912, juste 50 ans avant notre exode d’ Algérie, il écrit à Firtz James ces lignes prophétiques : « Quel bel Empire que l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Sahara, le Soudan, à condition de le civiliser, de le franciser et non de se contenter de le maintenir soumis et de l’exploiter. Si nous cherchons à civiliser, à élever à notre niveau ces peuples qui sont 30 millions maintenant, 60 millions dans 50 ans, cet Empire sera dans un demi-siècle un admirable prolongement de la France. Si, oublieux de l’amour du prochain commandé par Dieu et de la fraternité écrite sur tous nos murs, nous traitons ces peuples non en enfants, mais en matière d’exploitation, l’union que nous leur aurons donnée et qui existe pour la première fois que le monde existe, se retournera contre nous et ils nous jetterons à la mer, à la première difficulté européenne ».

Ainsi Charles de Jésus préconisait ce qu’au même moment Saint Pie X prônait dans l’Encyclique de la lettre sur le Sillon, le 25 août 1910. « Que l’Eglise et l’Etat heureusement concertés, au lieu de faire la révolution et de prêcher une autre société qui mène au socialisme athée, reprennent les vieilles traditions qui ont fait leur force et leur grandeur, à travers les siècles ».

Mais ce n’est pas cette orientation qui a prévalu car, dans l’ Eglise s’est fait un mouvement important contre la colonisation. Dès 1920, Benoit XV , dans son encyclique « Maximum Ilud », se prononce en faveur des églises locales et surtout Pie XI, dans l’encyclique « Rerum Ecclesiae », donne une formidable impulsion à l’autochtonie des missions qui devaient cesser d’être coloniales.

Ainsi, le père de Foucauld, mort en martyr, a vu l’échec marquer toute sa vie, sans adeptes, sans conversions, son Union Coloniale et sa doctrine étant sciemment ignorés.

Quand la France laisse tomber son Empire, elle va de mal en pis, et son Empire meurt de famine et de haines.

Faut-il désespérer ? Le père   a dit : « Jésus est le maître de l’impossible », et il a dicté les conditions de salut pour notre Société, décadente aujourd’hui, jusqu’à en mourir.

Laissons nous prendre au prestige de sa vie, à la chaleur de son cœur, à la sainteté virile de son âme, à son message immortel car plus que jamais le monde a besoin d’amour et de raison.

Lors du traditionnel après-midi de la commémoration de sa mort, le 1ier décembre 2000, à l’église Saint-Augustin, Mgr Maurice Bouvier, successeur du père Marcel Martin, postulateur de sa cause de béatification, a annoncé que les théologiens romains se sont prononcés, à l’unanimité, pour la reconnaissance de « l’héroïcité de ses vertus ».

Le père de Foucauld est Béatifié le 13 novembre 2005 à Rome, en présence de Saint Cyr et des méharistes, fils modèle de la Vierge Marie, par notre Pape Benoit XVI.

Posté par g_pelissier à 17:37 - Permalien [#]


09 février 2011

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